Myrlit
le livre noir de la psychanalyse....
Event submitted by keo zapatero 15 Jul 09
E ROUDINESCO Historienne, directrice de recherche à l’université Paris VII, la psychanalyste réagit au Livre noir de la psychanalyse (les Arènes)
Le Livre noir vous a scandalisée. Pourquoi?
Le but de cet ouvrage au titre racoleur n’est pas de critiquer la psychanalyse, mais de nuire à une discipline et à ses représentants, dans un contexte de crise. Freud y est traité de menteur, faussaire, plagiaire, dissimulateur, propagandiste, père incestueux. Il est présenté comme une sorte de dictateur ayant trompé le monde entier avec une doctrine fausse. La plupart des grandes figures de la psychanalyse, Melanie Klein, Anna Freud, Jacques Lacan, Bruno Bettelheim, Françoise Dolto, sont brocardés. Dans une langue pauvre et vulgaire, et à coups d’affirmations fausses et sans fondements. Tous les mouvements psychanalytiques sont dénoncés comme des lieux de corruption et les analystes, taxés de criminels, responsables de la mort de 10 000 toxicomanes en France, pour avoir prétendument contribué à empêcher la diffusion des traitements de substitution. L’ouvrage est d’autant plus pervers que, en dehors de ses cinq principaux signataires – une éditrice, un historien et trois thérapeutes comportementalistes violemment antifreudiens – il inclut également des auteurs dont les articles peuvent être des critiques de la psychanalyse ou de Freud, mais qui n’ont rien à voir avec cette position ultradestructrice et qui ont peut-être servi, à leur insu pour certains, de caution à l’entreprise. Ce n’est pas un livre scientifiquement sérieux, c’est un réquisitoire fanatique qui se situe dans la tradition de l’école dite «révisionniste».
Vous faites allusion aux négationnistes des chambres à gaz?
Pas du tout. Ce terme de «révisionniste» est celui que se sont donné eux-mêmes les historiens américains qui ont entrepris la critique systématique de l’œuvre de Freud, qu’ils considèrent comme un plagiaire et un mystificateur. Un courant qui va bien au-delà de la critique et qui vise à montrer que la psychanalyse est une imposture. Ses partisans ont fini, à cause de leurs excès, par être marginalisés outre-Atlantique, après avoir voulu faire interdire, en 1996, une grande exposition sur Freud à Washington.
Mais n’a-t-on pas le droit de critiquer la psychanalyse?
Bien entendu qu’il faut critiquer la psychanalyse: j’appartiens au courant historiographique inauguré par Michel Foucault et Henri Ellenberger, dont l’œuvre est aujourd’hui détournée par les auteurs du Livre noir. Mais les principaux auteurs et responsables de cet ouvrage ne sont pas dans ce registre: ils décrivent un goulag imaginaire dont ils n’apportent aucune preuve. Les chiffres sont faux, les affirmations inexactes, les interprétations parfois délirantes. La France et les pays latino-américains sont traités de nations arriérées, comme si la psychanalyse y avait trouvé refuge pour des raisons obscures alors qu’elle aurait été bannie des pays civilisés. De nombreux textes sont des résumés de livres – déjà publiés depuis des années et connus des spécialistes – dont les idées sont déformées, isolées de leur contexte et parfois détournées. Ce sont des vieilleries déguisées en révélations d’une vérité cachée jusque-là, alors que l’inventaire a été fait depuis longtemps. La théorie analytique est présentée comme une «fausse science» dénuée de tout savoir clinique. Aucun de ses aspects positifs n’est mentionné, pas même ses succès célèbres, ni Marie Bonaparte, sauvée du suicide par Freud, ni Françoise Giroud, qui disait devoir la vie à son analyse avec Lacan. Les «victimes» de la psychanalyse sont appelées à se rebeller, non pas contre les charlatans qui les auraient abusées, mais contre une discipline dans son ensemble, ce qui est absurde. Les auteurs invitent les patients des analystes à quitter les divans pour rejoindre ceux qui, aujourd’hui, seraient les seuls à pouvoir guérir l’humanité de ses problèmes psychiques: les psychiatres partisans des thérapies comportementales et cognitives (TCC). Les abus des médecins, des psychanalystes ou des psychothérapeutes, qui existent bien sûr, servent de prétexte pour s’attaquer au père fondateur. C’est comme si on déclarait demain que Spinoza était un imposteur. Il y a bien une campagne aujourd’hui – avec laquelle je ne suis pas d’accord – qui vise à interdire à l’université l’enseignement de l’œuvre de Heidegger, mais ce dernier était nazi, ce qui n’est pas le cas de Freud!
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- When: 15 July 2009 - 15 July 2013 : 10 IT
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- Submitted: 15 Jul 09
